Né en 1965. Fils d’ouvrier, Patrice Niset a quitté les terres industrielles de la région de Charleroi il y a une bonne vingtaine d’année. L’ascenseur social a bien fonctionné au point de lui faire presque perdre ses racines. Ce n’est que vers 2009 qu’il a fait l’acquisition de son premier réflexe numérique. Comme tout le monde. Mais au fil de ses explorations, il découvre sa première priorité : la transmission du patrimoine industriel et artisanal, tant matériel qu’immatériel. Le projet photographique Les Miroirs de l’Ombre est présenté sous forme d’un magnifique portfolio.
WeLovePhoto – Vous en tant que photographe et votre style: Quelle est votre expérience en photographie? Quand avez-vous commencé et pourquoi? Qui sont les photographes qui vous inspirent le plus? Quel matériel photo spécifique avez-vous utilisé pour réaliser cette série ?
Venu à la photographie sur le tard, j’ai commencé à faire de l’exploration urbaine à la manière de Monsieur Jourdain : sans en avoir conscience. En effet, je passais d’une friche industrielle à l’autre sans savoir à l’époque que le genre portait un nom : l’urbex. Une fois le réveil sonné, j’ai pris conscience de la popularité de la discipline et malheureusement aussi du manque de profondeur dans la démarche généralement constaté. Néanmoins, visiter ces lieux abandonnés a certainement été l’antichambre de ma passion actuelle, celle du patrimoine vivant, des beaux gestes et de la transmission du savoir. Mon objectif est d’établir un état des lieux du secteur de l’artisanat et du travail manufacturier.
Mes mentors sont le mythique couple allemand Hilla et Ernst Becher qui, leur vie durant, ont établi un travail de recensement de l’industrie en Europe à une époque où ils ont deviné que la désindustrialisation galopante s’annonçait déjà. Mes reportages sont pris sur le vif, dans le feu de l’action et sans mise en scène. Dans l’intimité des ateliers, je traque la précision des gestes, la souplesse de la main. Les focales sont courtes, l’appareil suit le mouvement. Contrairement aux Becher, c’est l’humain qui est au centre de mes préoccupations.
WeLovePhoto – La série de photos dans votre livre: Pourquoi se lancer dans un tel projet ? Quel est votre message à travers ces photos? Votre source d’inspiration?
Après ces 3 années passées à traquer ces gestes rares, il était temps pour moi de réaliser un exercice difficile, celui de la lecture transversale : revisiter la quarantaine de reportages issus de mon sitewww.lesmiroirsdelombre.com et en tirer la substantifique moelle. Chacune des 12 disciplines sélectionnées pour l’occasion, allait être présentée en 3 clichés : un geste, une abstraction et un plan général. Contrairement au choix posé lors de mes expositions, j’allais résolument me tourner vers la couleur, pour sublimer les gestes. Ce premier portfolio témoigne de la richesse de nos artisans.
WeLovePhoto – Votre expérience du livre: Pourriez-vous s’il vous plaît décrire en quelques mots votre expérience pour créer un livre? Critères de sélection des photos, de construction de l’ouvrage? Pourquoi L’auto-édition? Que recommandez-vous de faire avant de créer un nouveau livre?
J’ai fait quelques essais de livres il y a quelques années. Les résultats étaient fort décevants tant les images perdaient de leur intensité et de leur piqué. J’ai donc attendu fort longtemps avant de m’y réintéresser. Devant la nécessité de trouver une solution, j’ai beaucoup cherché et les avis convergeaient généralement vers Blurb surtout en combinant le projet d’auto-édition à celui de la vente en ligne. C’est doublement intéressant : la qualité est enfin au rendez-vous et l’accès à l’édition devient un jeu d’enfant. La flexibilité est telle qu’un même projet peut évoluer dans le temps sans remettre en cause le principe ou le processus d’édition. Le plus grand problème vient de la sélection des clichés qui reste un casse-tête quand comme moi on dispose de milliers d’images.
WeLovePhoto- Quelle est la prochaine étape: Quels sont vos prochains projets de photos? Des projets de nouveaux livres?
Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas avoir introduit plus de reportages dans mon portfolio actuel. Ce sera le travail de la seconde édition. Il est probable que je lance aussi une seconde mouture en noir et blanc cette fois. Enfin, j’aimerais aussi y développer mon idée du moment sur les abstractions industrielles mais c’est encore un peu tôt.
Patrice Niset [photographie urbhumaine]
Mon projet photographique est avant tout axé sur la diffusion internet via LMdO : www.lesmiroirsdelombre.com . « La machine conduit l’homme à se spécialiser dans l’humain » disait Jean Fourastié, le père de l’expression des trente glorieuses. Je me définis donc de la veine des photographes « urbhumains », contraction de photographie urbaine et humaine. Je suis captivé par le patrimoine vivant et passé et par ses acteurs. Derrière ces « gueules de l’emploi », ces mains et ces gestes se cachent généralement des visages, des témoignages, des destins et des histoires forts et poignants.
Observer pour comprendre, rencontrer pour partager, LMdO passe de l’ombre à la lumière pour aller à la rencontre des gens qui maîtrisent un savoir-faire, une technique, un don créatif. Artisans, ouvriers, artistes, créateurs, stars ou petits et sans grades … bienvenue dans mon monde, le monde des hommes et des machines.






